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Discours de Stéphane Riethauser Membre du Comité de Pink Cross Coordinateur Jeunesse et Ecole
Lesbian and Gay Pride &Friends
Fribourg, 3 juillet 1999 |
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"Aujourd'hui c'est le jour de la fierté gay — vous le savez tous, PRIDE veut dire fierté en anglais.
La Gay Pride commémore les événements qui ont lieu il y a exactement 30 ans à New York, fin juin 1969, lorsque des clients du bar le "Stonewall" se sont révoltés contre les brutalités policières dont ils étaient victimes.
Ils se sont révoltés contre l'injustice et contre l'homophobie.
Ils ont cessé de se cacher et d'avoir honte, et ont choisi d'être visibles et fiers.
Et ils ont lancé à travers le monde cet incroyable mouvement, celui de la Gay Pride. Une Gay Pride qui est aujourd'hui célébrée dans plus de 150 villes dans le monde.
Le slogan de la première Gay Pride à New York, le 28 juin 1970, était COME OUT. SORTEZ DU PLACARD.
Aujourd'hui, 30 ans plus tard, je crois qu'il est toujours d'actualité, même si les temps changent et qu'on peut vivre son homosexualité ouvertement et de façon magnifique.
Oui, en 30 ans, les choses ont beaucoup changé.
Et depuis 5 ans, depuis le jour où j'ai fait mon coming-out, les choses ont changé encore plus. Et cela me donne un sentiment de joie immense.
Aujourd'hui, je suis heureux de voir des milliers de personnes de tous les horizons sur cette place.
Aujourd'hui, je suis heureux parce que ma Grand-Mère catholique de 90 ans me téléphone pour me raconter le film gay qu'elle a vu la veille, ou parce qu'elle veut me présenter au fils de sa voisine.
Je suis heureux parce que mes parents m'écrivent aujourd'hui pour mon anniversaire:
"Nous serons toujours à tes côtés et nous sommes fiers de toi, de ce que tu es devenu et de ce que tu feras et réaliseras encore."
Je suis heureux parce que je sais que mes amis hétérosexuels sont là aujourd'hui dans le public.
Parce que les médias parlent de nous presque chaque semaine, et en des termes plutôt positifs.
Je suis heureux aussi parce que je vois que des politiciens s'engagent pour que les choses changent.
Parce que même la Présidente de la Confédération adresse un message à la Gay Pride.
Tout cela me fait ressentir une immense joie et une immense fierté.
Oui, aujourd'hui, je pense que l'Histoire est en train de changer.
Mais je ne peux pas m'empêcher d'éprouver aussi une certaine tristesse et une certaine colère de temps en temps.
Parce que la réalité de la vie quotidienne est toujours que la majorité, la grande majorité des gays, des lesbiennes et des bis reste dans le placard.
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Que trop de jeunes n'osent pas dire à leur famille qui ils sont vraiment, de peur de se faire rejeter.
Que presque aucun prof n'ose s'afficher comme gay ou lesbienne face à ses élèves ou à ses collègues.
Oui, je suis en colère quand je lis des lettres ignorantes et insultantes publiées dans les journaux ou quand j'entends certains personnes dire qu'un prof homosexuel ne devrait pas avoir le droit d'enseigner.
Je suis en colère quand je téléphone à mon ancien directeur de Collège pour établir un dialogue et qu'il me répond qu'il n'a "pas le temps pour ce genre de problème." |
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Quand je sais que, mis à part dans certains cours d'éducation sexuelle, on ne parle toujours pas d'homosexualité à l'école.
Je suis en colère parce que PEDE reste l'insulte la plus prononcée dans les cours de récréation.
Je suis en colère parce que l'homophobie est, malgré les progrès, toujours la règle dans la plupart des écoles, et le respect l'exception.
Et je suis en colère quand je sais qu'1 adolescent gay sur 4 tente de se suicider (1). Et ce chiffre alarmant — 1 sur 4, ça fait beaucoup de monde — ce chiffre ne prend bien évidemment pas en compte ceux qui réussissent leur tentative. Ils ne sont plus là pour remplir les questionnaires.
Je crois que la colère est légitime. Mais attention, elle n'est pas de la haine.
La colère est un sentiment qui me donne de l'énergie, un sentiment que je transforme en motivation pour faire changer les choses, un sentiment que je transcende en espoir, puis en certitude de voir chacun et chacune vivre mieux sa forme d'amour.
En tant que coordinateur du groupe "Jeunesse et Ecole" de Pink Cross, je peux vous garantir que nous sommes bien déterminés à faire en sorte que cette génération soit la dernière à souffrir de l'homophobie à l'école.
Nous sommes en train de tisser un réseau de gens concernés afin d'agir dans toutes les écoles de Suisse à tous les niveaux et de faire en sorte que les parents, les enseignants, les directeurs d'école, les pédagogues, les politiciens, et surtout les jeunes brisent le tabou et prennent conscience que l'homophobie et le sexisme sont néfastes au développement personnel et social de chacun d'entre nous, quelle que soit notre orientation sexuelle.
J'aimerais lancer ici un appel au dialogue. Un appel à tous les responsables politiques de l'éducation et de la santé, afin qu'ils prennent conscience que des démarches concrètes doivent être entreprises pour remédier à cette situation.
Afin qu'ils prennent conscience que les enfants ne sont pas trop jeunes pour qu'on leur parle honnêtement de toutes les formes d'amour et qu'on leur propose le respect de chacun et de chacune.
Et j'aimerais lancer un appel à vous tous ici aujourd'hui.
Mais surtout à tous ceux qui sont absents aujourd'hui, à ceux qui n'ont pas osé venir — et ils forment la majorité.
J'ai envie de leur dire, comme en 1970: "COME OUT, SORTEZ DU PLACARD". Osez dire qui vous êtes et qui vous aimez.
Je crois que s'il y a une clé à toute la problématique de l'homophobie, c'est la visibilité.
Si nous-mêmes nous n'osons pas nous montrer tels que nous sommes, alors les jeunes continueront à croire qu'ils sont seuls au monde, comme je le croyais lorsque j'étais adolescent.
Je pense que si tous les gays, les lesbiennes et les bis de Suisse faisaient leur coming-out en même temps, je suis persuadé que l'homophobie disparaîtrait dans les 48 heures.
Parce que nous sommes simplement trop nombreux.
Nous sommes dans toutes les salles de classe, dans toutes les salles des maîtres, dans toutes les entreprises, dans toutes les administrations, dans tous les partis politiques, dans tous les parlements, dans toutes les rues, dans toutes les villages, dans toutes les villes, dans toutes les religions, dans toutes les races, dans toutes les classes sociales, dans toutes les générations, dans toutes les familles. L'amour ne connaît aucune frontière. Et c'est bien d'amour dont il s'agit.
Alors j'encourage tous les garçons qui aiment les garçons, toutes les filles qui aiment les filles, et ceux et celles qui aiment les deux, à sortir de l'ombre, à sortir du placard et à s'affirmer.
A être FIERS, VISIBLES, DIGNES, ET A AVOIR DU RESPECT. Du respect pour qui nous sommes et pour qui nous aimons. Et pas seulement un jour par an au mois de juillet pour la Gay Pride. Mais tous les jours de l'année. Dans toutes les situations."
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| (1) Cochand, Social Psychiatry, 33:5, 1998 |
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