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Chassé de la maison à 16 ans
 
A 18 ans, Jacob Eiler fait la une de la presse américaine en emmenant son ami au bal du collège.

Interview lors de la conférence nationale de l'association PFLAG (Parents, Families and Friends of Lesbians and Gays) à Orlando, Floride.


1991. Jacob Eiler a 12 ans. Un dimanche matin, il est assis à côté de son meilleur ami sur les bancs de l'église d'Anderson, une petite bourgade de 3'000 habitants dans l'Indiana, au coeur des Etats-Unis. Alors qu'il écoute les sermons du pasteur qui prédisait une fois de plus les flammes de l'enfer aux homosexuels, il se tourne vers son copain. Leurs regards restent crochés. "Au sortir du culte, nous nous sommes avoué notre amour. Nous avons réalisé que nous étions gays", raconte Jacob.
Depuis que sa mère, une toxicomane de longue date, s'est remariée avec un évangéliste fondamentaliste chrétien et alcoolique, Jake, comme on le surnomme, est forcé d'aller à l'église tous les dimanches. Il ne se doutait pas que c'est là qu'il trouverait son premier amour.
Dès son plus jeune âge, Jake sait parfaitement qu'il ressent des émotions pour les garçons et ce que cela signifie. "J'ai quatre cousins gays et ils ont tous été rejetés par ma famille", confie-t-il. Il a très vite compris qu'il vaut mieux garder le secret dans ce milieu hostile. Pendant quatre ans, il vit donc clandestinement sa relation avec son ami. Jusqu'au jour où, fou de jalousie, l'un de ses amis prend le téléphone et raconte toute l'histoire à sa mère.

Tentative de suicide
"Elle m'a battu violemment et m'a mise à la porte. Peu après, elle fait une tentative de suicide", déclare le jeune homme au regard perçant. Alors que Jake lui rend visite à l'hôpital, elle lui reproche d'être la cause de tous ses malheurs. Désespéré, il va vivre avec son père, et suit une psychothérapie pendant six mois afin de tenter de se réconcilier avec son être. Pendant ce temps, sa mère apprend à son père que leur fils est gay. "Il m'a immédiatement chassé de la maison à son tour et m'a déshérité. Toute ma famille a cessé de me parler. Je ne savais pas où aller. Je me suis retrouvé à la rue."
A 16 ans, Jake emménage avec une amie lesbienne. "J'ai continué d'aller au collège. Et je travaillais 40 heures par semaine à côté comme assistant-infirmier pour me permettre de subsister", ajoute-t-il. En parallèle, il s'engage dans le groupe des jeunes gays d'Indianapolis. Il affiche ouvertement son homosexualité à l'école, ce qui lui vaut les pires ennuis. "Je me suis fait cracher dessus et insulter par ceux que je croyais être mes amis", poursuit-il. "Ils ont essayé de me casser la figure plusieurs fois. Et jamais aucun prof n'est intervenu. Aucun ne m'a jamais protégé. Tous me détestaient. Le directeur m'a même dit que tout était de ma faute." Tout cela ne l'a pas empêché de rester et de réussir. "J'avais aussi des amis qui me supportaient".

Pneus crevés et vitres cassées
Au printemps dernier, Jake rencontre un garçon. "Nous sortions ensemble depuis quelques mois. J'ai décidé de l'emmener au bal de fin d'année. Je n'avais pas envie de mentir ni d'aller avec une fille". Il le confie à un ami, qui s'empresse de passer le mot à toute l'école. "Le matin du bal, je suis sorti de chez moi et j'ai trouvé ma voiture les quatre pneus crevés. On m'avait cassé les vitres et gravé FAGGOT (pédé) sur la portière. Je suis allé à la police, et les reporters ont été alertés. La nouvelle était dans tous les journaux de l'Indiana, sur Internet, puis reprise par l'agence AP et tous les médias nationaux" Ce qui n'a pas été sans susciter la colère et l'embarras de l'administration de l'école. "Moi je m'en suis foutu. Je suis allé au bal main dans la main avec mon copain. La police, les photographes et la télé étaient là. On a dansé et on s'est embrassé. J'ai même été à un vote d'être élu Roi de la soirée, car toutes mes copines ont voté pour moi."
Le lendemain, Jake est pris d'assaut par les médias. "Je me suis fait interviewer et inviter à des talk-shows. Un producteur m'a même proposé de faire un film sur ma vie." A présent, le contrat est signé, et Jake collabore au script. Parallèlement, il est l'un des fers de lance du groupe PFLAG d'Indianapolis, et parcourt le pays en militant pour les jeunes gays. "Je parle dans des écoles, ainsi que lors de conférences. Je raconte mon histoire afin de faire prendre conscience aux gens que l'homophobie fait du mal. Je me bats pour que les choses changent."
Aujourd'hui, Jake ne parle toujours pas à sa famille. "Tous me rejettent. Ils refusent de me voir. Ils ont juste peur et sont ignorants. J'espère que ça changera. Je suis prêt à leur pardonner. Je veux être plus fort qu'eux. J'aimerais juste qu'ils soient heureux."

Stéphane Riethauser

Cet article est paru dans Dialogai-Infos n°78, octobre 1997