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La voix des homos
 
"Viva" consacre sa soirée à l'homosexualité. TV8 fait le point sur l'acceptation des homos aujourd'hui avec le Genevois Stéphane Riethauser. Il raconte son parcours et ce pourquoi il milite.

«Maman, Papa, je veux faire ma vie avec un homme!»
Lorsque Stéphane Riethauser annonce la nouvelle à ses parents, il a tout du garçon modèle. Sa grande taille (1m96) lui a ouvert les portes de l'équipe nationale juniors de basket-ball, il préside la section genevoise de l'Association européenne des étudiants en droit, bref le chemin semble tout tracé: une carrière d'avocat, une gentille épouse et de beaux enfants. Le conte de fées tourne au cauchemar lors d'un repas familial, il y a cinq ans, alors que Stéphane rentre d'un séjour aux Etats-Unis: "Mes parents m'ont demandé ce que j'avais appris au cours de ce voyage et je leur ai annoncé que j'étais gay. Au début, ils ont eu du mal à l'accepter, mais comme j"étais gonflé à bloc, je leur ai dit que j'allais faire leur éducation sur ce thème."Stéphane continue à vivre sous leur toit, amène de la documentation, suscite la discussion, même si son père refuse d'aborder le sujet pendant 2 ans. Car, après avoir annoncé cette nouvelle au cercle familial restreint, le jeune homme se met à avertir tout son entourage, pas par provocation, mais pour ne pas vivre dans le mensonge. "En fait, lorsque je l'ai dit à mes parents, je me suis libéré d'un grand poids mais, en même temps, je l'ai placé sur leurs épaules, car j'en ai parlé à leurs amis, à ceux de mon frère, de ma grand-mère et je l'ai écrit dans un quotidien genevois. Ma grand-mère, aujourd'hui âgée de 90 ans, a réagi de manière formidable. Au départ, j'avais peur qu'elle fasse une attaque mais en fait, elle m'a dit: "Surtout ne change pas, garde cette classe naturelle qui est la tienne!" Elle voulait que je sois une sorte de Jean Cocteau. Elle me téléphone très souvent notamment dès qu'un film homo passe à la télévision et si je le rate, elle me l'enregistre. On la voit dans Viva à la fin du reportage, c'est la petite dame que je serre dans mes bras."

Du côté des parents
Que de chemin parcouru en 5 ans, puisque ont accepté de témoigner à visage découvert: " On évolue, heureusement, raconte Mme Riethauser. Au début, il faut digérer la nouvelle, car dans le cas de Stéphane, nous ne nous en doutions absolument pas. Puis, le premier choc passé, j'ai éprouvé le besoin d'en parler aux autres, à mes amis, et aucun ne s'est détourné, au contraire. Je voudrais dire à d'autres parents d'enfants homosexuels que ce n'est ni une maladie honteuse ni un choix et qu'ils ne doivent pas culpabiliser, notamment en remettant en doute leur éducation. Car au début, on se dit: "Qu'est-ce que j'ai fait de faux?" Il faut, au contraire faire évoluer les choses, pour que nos enfants soient heureux; c'est pourquoi nous avons accepté de témoigner. Dans cette idée d'évolution, je suis pour la reconnaissance des droits des couples homosexuels. Quant à l'adoption, il faut que les conditions de vie de famille soient réunies, à commencer par un couple stable, mais pourquoi pas? En revanche, je pense que c'est sans doute très difficile pour l'enfant adopté de faire face à la société." Après ses études, sa licence de droit en poche, Stéphane part sous d'autres cieux. Pendant 3 ans, il fait de stages à Paris, Madrid et New York.

L'assurance de Clinton
Aux USA, il travaille successivement pour une maison d'éditions alternative, puis pour GLSEN, le Gay, Lesbian and Straight Education Network. Son fondateur, Kevin Jennings, a été reçu en juillet 1997 par le président Clinton qui lui a assuré que " la chose la plus importante que nous devons faire est d'enseigner les leçons de la tolérance aux jeunes avant qu'ils n'apprennent à haïr." Cette association, qui réunit une centaine de groupes répartis dans presque chaque Etat, bénéficie du soutien de nombreuses personnalités telles que l'actrice Susan Sarandon, le plongeur Greg Louganis et la tenniswoman Martina Navratilova, qui clame: "Que ce soit au jardin d'enfant ou au collège, au niveau des élèves ou des éducateurs, il faut enseigner le respect de tous."

Fort de toutes ces expériences, Stéphane rentre en Suisse plus déterminé que jamais à faire évoluer les mentalités par rapport à l'homosexualité: "Quand je me promène a Genève en tenant la main de mon copain, 150 paires d'yeux se tournent vers nous. Lors de la dernière Lake Parade, un couple de garçons qui s'embrassait s'est faire tabasser. Je suis sûr que si tous les gays, les lesbiennes et les bis faisaient leur "coming out" en même temps, l'homophobie disparaîtrait rapidement. Cela ne peut plus durer et l'éducation commence à l'école, car de jeunes enfants dans les préaux utilisent souvent des injures comme " pédé"; il faut leur expliquer, les éduquer à la tolérance, au respect des autres."

C'est pourquoi Stéphane a fondé, avec de hétéros et des homos, une commission Jeunesse et Ecole sous l'égide de Pink Cross, l'antenne gay suisse. Leur but: éradiquer l'homopbobie qui règne dans les écoles et qui conduit un jeune gay sur quatre à commettre une tentative de suicide. Stéphane prépare également un recueil de témoignages de jeunes homos de Suisse romande, qui raconteront leur histoire, des articles illustrés par la photo de leurs auteurs, Stéphane restant fidèle à son credo, la visibilité.

Patricia Martin
Article paru dans le magazine TV8 (28 août - 3 septembre 1999)